Une première en France: une semaine « sans audience ». C’est par ce moyen de suspension spontané des audiences que les magistrats nantais ont décidé de manifester leur indignation suite aux propos de Nicolas Sarkozy. Une décision quasi-unanime (une abstention) prise en Assemblée Générale par les magistrats et les fonctionnaires du Palais de Justice.  

Jeudi matin à Orléans, le chef de l’Etat avait dénoncé des « dysfonctionnements graves » sur le suivi judiciaire du meurtrier présumé de la jeune Laetitia à Pornic. Il avait exprimé le souhait que « ceux qui ont couverts ou laisser faire cette faute seront sanctionnés et que des mesures nécessaires seront prises pour que les responsabilités soient assumées ».

Des propos jugés indignes par les magistrats qui manifestent donc leur mécontentement en suspendant toutes les audiences. Sauf pour les affaires ou les prévenus sont détenus. Une correspondante du syndicat Force Ouvrière–Magistrats confesse: « C’est de l’écoeurement parce que c’est trop facile de mettre en cause des magistrats, des policiers alors que les hautes autorités savent très bien qu’il y un manque criant de personnel dans la justice. Mais on fait porter le chapeau aux fonctionnaires qui est en bas de la ligne. Nous sommes des boucs émissaires. »

L’administration semble pour le moment faire la sourde oreille aux protestations des magistrats. Car ce n’est pas la première fois que le pouvoir judiciaire sollicite en vain l’aide du gouvernement. En 2010, deux rapports accablants mettaient en avant les dysfonctionnements du pouvoir judiciaire et de l’administration pénitencière. Les magistrats nantais dénonçaient notamment l’absence d’un quatrième juge d’application des peines et un cruel manque d’effectifs. Par exemple, à Nantes, on compte 3 juges d’application des peines et 17 agents de probation pour 3.300 détenus. Ce qui a amené la probation à laisser de côté plus de 800 dossiers. Avec la rigueur budgétaire actuelle, la situation semble bloquée.  » Il faut peut-être aussi qu’on arrête d’élaborer des textes qui ne peuvent pas être mis en oeuvre faute de moyens » clame une magistrate. 

L’action des magistrats devrait perdurer jusqu’à la journée de mobilisation nationale prévue le 10 février prochain. Depuis vendredi matin, l’Union Syndicale des magistrats (USM), syndicat majoritaire, appelle à une extension du mouvement de grève à toute la France.

Les magistrats ont d’ores et déjà reçu le soutien du député-maire Jean-Marc Ayrault, ainsi que de l’Ordre des avocats, des syndicats de police et de l’administration pénitentiaire. Elizabeth Guigou, ancienne ministre de la justice a dit vendredi après-midi « comprendre la colère des magistrats ».

Mardi, en fin d’après-midi, environ une centaine de tribunaux étaient en grève. Michel Mercier, Garde des Sceaux à lui exprimer le désir d’une rencontre avec les syndicats de la magistrature. Aucune date n’a pour le moment été fixée mais la rencontre devrait avoir lieu cette semaine.

Au micro de Julien Chaillou, une correspondante du syndicat Force Ouvrière-Magistrats.

Photo: SAMOA



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